Bonjour, je m'appelle Lou.
Je suis un petit garçon qui ne voit bien qu'avec le coeur, ce qui rend la vie de mes parents et mon éducation épiques !
Je suis donc aveugle et différent dans ma petite tête blonde.
...avec toutes mes excuses pour les personnes qui ne l'auraient pas compris, tous les textes de ce site sont pensés et écrits par moi-même (son papa).
Lou n'en est actuellement pas capable, tout comme il n'est pas capable à ce jour de comprendre "un ordinateur", "internet", ou se concentrer longtemps sur une conversation. Seul l'avenir nous dira si nous parviendrons à l’intégrer totalement le monde dans lequel il vit.
Il est donc clair que ces récits, bien que tous les faits rapportés soient bien réels, comportent une interprétation que je fais en fonction de son comportement. Mais pour bien le connaître depuis plus de cinq ans, je pense ne pas me tromper.
Si ce site vous a fait du bien, vous a touché ou que sais-je encore, merci de nous aider à la faire connaître. Que ce soit par un mail à vos amis, au gré de discussions, ou d'un lien sur votre propre site.
Merci.
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Cela ne vous arrive jamais, d'avoir une musique en tête ?
L'autre soir, papa vient me border dans mon lit. Le temps des rituels. Papa "emballe cette pauvre petite chienne Méga qui a mal à la patte (alias moi), dans sa bonne petite couette toute douce" (j'en profite à chaque fois pour imiter l'animal qui gémit). Suivent les câlins, les mots doux et les bisous au nombre de trois, bien entendu.
- Allez, bonsoir mon Loulou. - Attends, papa, je veux te dire quelque chose : j'entends en même temps la musique de Lenny Kravitz et de Hooverphonic dans mes oreilles. - … En même temps ? - Oui ! - Ça arrive qu'on ait une musique que l'on fredonne dans sa tête. - Oui, mais j'aime pas la chanson de Lenny Kravitz et j'ai envie d'entendre rien que celle d'Hooverphonic. - Et bien pense très fort à la chanson de Hooverphonic que tu joues à ton piano, comme cela, tu ne penseras plus à l'autre.
N.D.L.A. : Lou est régulièrement capable de déceler lorsque deux mélodies s'accordent et donc peuvent se superposer. Il identifie immédiatement les plagias ou tout le moins les musiques "pompées" sur d'autres… mais la chose devient étonnante lorsqu'il s'agit de deux mélodies bien distinctes, aux rythmiques différentes, et qu'il parvient à associer. Je n'ai pas encore vérifié si tel était le cas de ces deux chansons… mais je ne serais guère étonné que ce soit le cas.
624. Mes petits bonheurs de la vie : la criée de Youh !
Vendredi, fin d'après-midi, papa me propose d'aller écouter la crieuse publique du quartier. Je ne suis pas emballé. - Tu vas voir, Chounet, ça va être amusant. La crieuse, c'est Anne-Noelle que tu connais bien. Elle va lire tous des messages que des gens du quartier adressent aux autres. Si tu veux, tu peux aussi lui demander de lire un message que tu ferais. Je "tilte" instantanément : - Je pourrais lui demander que tu fasses "youh" comme dans les montagnes russes ? - Ben oui, pourquoi pas ! Me voilà soudain excité.
Arrivé au coin de la rue où tout le monde se réunit, nous allons trouver Anne-Noelle et lui faisons part du message à annoncer. Je remets une couche supplémentaire à la demande : - Oui, et alors, Papa fera d'abord "Youuuuh" comme au ski et puis "Patriiiick"* comme un malade ! Après négociation, nous convenons qu'une première annonce sera faite en début de lecture, pour que papa fasse "youh" et une à la fin, pour qu'il hurle cette fois "Patrick".
Début mars : - Dis, c'est quand le printemps ? - Pourquoi, Lou ? - Pour entendre les tondeuses et retourner à Walibi dans les montagnes russes ! - Il faudra encore un petit peu attendre, Chounet. - Quand ? - Début avril. On devrait alors entendre les tondeuses et Walibi devrait être ouvert. - C'est quand avril ? - Dans 28 jours. - On est dans 28 jours… Dans 28 jours, c'est demain ! - Ne dis pas de bêtises, Lou. - Jamais, alors. Jamais… - Tout va bien, Lou. Cool. On y sera vite.
622. chronique du temps qui passe 48 : Le supplice d'un monde abstrait
Dans le salon. Dimanche après-midi. Papa est assis dans l'autre canapé et nous écoute. Maman : - Alors, Loulou : combien font huit moins quatre ? Silence. - Euh… cinq. - Réfléchis, Lou. Tout à l'heure, on a fait quatre plus quatre. Te souviens-tu combien font quatre plus quatre ? - Sept ? - Sept ? - Euh… six… huit. - Oui, huit. Donc quatre plus quatre égale huit. Si maintenant on enlève quatre au chiffre huit, cela fera ? - Trois. - Lou… Allez… Combien font huit moins un ? - Neuf. - Moins un, Lou ! J'enlève un à huit ? - Sept. - Bien. - Maintenant, huit moins deux ? - Six - Oui. Huit moins trois ?
Silence. - Lou ? Houhou… Combien font huit moins trois ? - Six… euh, cinq. - OK. Maintenant, huit moins quatre ? - Trrr… - Combien ? - Trrois. - Tu es sûr ? - Cinq. - Loulou, essaye de te concentrer un petit peu. Combien font huit moins quatre, si tu sais que quatre plus quatre égale huit ? Pas de réponse. Calmement, maman répète sa question : - Si quatre plus quatre font huit, combien font huit moins quatre ? - Quatre… huit… euh… quatre. - OK Lou.
620. Quand les oeufs de Pâques pondent des chiots !
Ce fut et restera un souvenir inoubliable. Une semaine en Ardennes pour les congés de Pâques. Une semaine où j'aurai passé de longues heures dans le foin de notre ami et voisin, le fermier. Et pour cause : quatre charmants chiots ! Quatre petites "Méga" toutes folles de ma présence (et de celle d'Eva et de ses copines) !
Que dire de plus que les images qui suivent (et le son, pour moi, que papa a une fois de plus mis sur CD).
- Alors, papa : que veut dire le mot… euh… singularité ? - Hou là là ! Singularité ?… euh… - Hé, ça y est, papa : t'as fait "euh" !
Ben oui, c'est le grand retour de ma passion pour les "euh" de papa
. Et comme le meilleur moyen est de le faire réfléchir, j'ai remis au goût du jour les jeux verbaux que nous faisions ensemble par le passé, à savoir : "les pays et les habitants" , "les métiers" et surtout "les mots que je ne comprends pas". Je m'amuse donc à ressortir des mots entendus ça et là et de préférence les plus compliqués possibles pour qu'il doive beaucoup réfléchir : "mimétisme", "constamment", "élection", "circonstance" ; sans oublier des mots que je prononce parfois avec pas mal d'approximation : - Que veut dire le mot circonsplication ? - Euh… tu veux dire "circonspection" ou "explication" ou… euh… ? …Et ça marche aussi !
Hier au goûter, je me suis fendu d'une volée de mots que j'ai exhumé du "film que papa a fait sur moi"
que je réécoute de temps en temps lorsque je passe des journées chez Bon-Papy et Bonne-Mamy : - Que veut dire le mot "diagnostic" ? - …Et le mot "Septum" ? - … Et le mot "souffrance" ? Autant dire que la moisson de "euh" a été plus que fructueuse, non pas que papa semblait embarrassé, mais il cherchait ses mots, nuançait, précisait abondamment ses réponses pour que je comprenne bien.
Ben oui, je suis aveugle et handicapé, je le sais… et cela me turlupine parfois un peu. Rien de grave. Je voudrais juste comprendre.
Voir l'article en miroir sur "Lettre à Lou" : "Conscience"
Je suis malade. Deuxième fois en quinze jour. Un gastro d'enfer. Probablement perturbé par l'absence prolongée à l'école de Monsieur Guy, mon instituteur, malade lui aussi. Pourtant cela se passe bien avec Sandra, sa remplaçante. Elle me donne des devoirs qui me font rire parce qu'elle commet des erreurs exprès en changeant des mots dans une phrase, genre : "Méga (mon chien
) aime bien Jean-François (mon docteur)" puis "Jean-François est mon vétérinaire". Ça me donnerait presque l'envie de faire mes (rares) devoirs.
Bref, je me suis vidé les tripes par en haut à trois reprises dans mon lit, la nuit de samedi à dimanche. Je n'aime pas ça, mais papa et maman ont veillé sur moi une bonne partie de la nuit et m'ont rassuré. Depuis lors, cela va mieux mais je me traîne un petit peu dans le fauteuil où je demande à écouter de la musique, des histoires ou les C.D. "de ma vie" que papa m'a gravé. A d'autres moment, je demande à jouer sur mon synthé. Je retrouve alors, le temps de l'instant, mes couleurs et ma joie de vivre.
Mettez-moi la radio, et je vous joue sur mon synthé tous les tubes du moment qui me plaisent ! - Papa, tu veux bien chercher ta caméra pour m'enregistrer ? Ce qu'il fait de bon cœur.
Une fois fait : - Bon, ben maintenant tu vas avoir le temps de me le graver sur CD.
Si je vais bien, très bien même, car chose étrange, après chaque grippe ou maladie – ce qui fut le cas, il y a quinze jours -, je fais un "bon en avant" intellectuel qui ne manque pas d'interpeler mes vieux, force est de reconnaître aussi que je m'enfonce beaucoup dans mes "tocs" depuis quelques temps.
Outre des petits gestes de réassurance comme par exemple toucher les semelles de mes chaussures ou mettre mon pouce contre mon palais, il me faut tout faire trois fois (cfr. ma passion pour le chiffre trois
):
Jeudi dernier. 08h05. L’heure d’aller à l’école. Les rituels. - Papa, tu peux allumer la radio. Pas de trajet en voiture sans « Pure FM ». Je chante sur les tubes du moment : The Editors, Yaël Naim, Beirut, Aaron, Radiohead etc. avec mes textes perso : « Et Méga, qui aboie », « Jordi qui dit des gros mots » ou « Mon Chouchounet que j’aime ». Entre deux titres, les papotes entre Vanessa Klak et Sébastien Ministru sur « le bon disque du jour ».
Soudain, j’entends un chien aboyer dans la radio ! Divine surprise ! - T’as entendu, papa ? Il y a un chien dans la radio ! Je ne rêve pas, papa l’a également entendu. Le temps d’une chanson, Vanessa Klak reprend l’antenne… et à nouveau, on entend un chien aboyer. J’exulte. C’est « le plus beau jour de ma vie ». - Ecoute, écoute, Papa, Méga est dans la radio – pour rire, hein - ! 08h20. Arrivée à l’école. - Attends, attends, je veux écouter Geoffroy Klompkes. Autre habitude, juste avant de descendre de voiture, j’aime écouter ce billet (« l’essentiel de l’info »), car à chaque fois, même si je ne prête pas spécialement attention au récit, Vanessa et Geoffroy sont pris de fous rires qui me plaisent bien. « Rebelotte », en arrière-plan, un chien aboie. La journée sera belle.
Les voyants ont parfois de drôles de rituels. Ainsi, tous les ans, à l'école, on doit aller à la séance de photo. Pour moi, une photographie, cela ne veut rien dire : c'est du papier lisse, point barre. On nous dit alors de prendre à tour de rôle une pose bien précise et de faire un beau sourire …mais un sourire sur commande, c'est pas quelque chose de naturel pour moi (et globalement pour tous les aveugles). Quand on rit, on rit et quand on est content, on fait naturellement un sourire. Maman m'a bien déjà montré ce que représentait un sourire, en tirant sur les muscles de mon visage, mais en l'absence d'émotion, cela tourne à la grimace. Conclusion, j'ai fait un beau sourire pour faire plaisir au photographe et mes vieux ont bien ri en voyant le cliché… que je ne verrai jamais.
NDLA : à quand le moule d'un visage en substitution ?
Cet après-midi, au groupe de jour de l’école, on a construit une flûte avec des pailles. De retour à la maison, papa et maman me questionnent en trouvant l’objet dans mon cartable. Le prenant des mains de papa, j’entame une démonstration et lui propose sur le champs de prendre sa caméra pour qu’il puisse m’enregistrer et le mettre sur CD.