Bonjour, je m'appelle Lou.
Je suis un petit garçon qui ne voit bien qu'avec le coeur, ce qui rend la vie de mes parents et mon éducation épiques !
Je suis donc aveugle et différent dans ma petite tête blonde.
...avec toutes mes excuses pour les personnes qui ne l'auraient pas compris, tous les textes de ce site sont pensés et écrits par moi-même (son papa).
Lou n'en est actuellement pas capable, tout comme il n'est pas capable à ce jour de comprendre "un ordinateur", "internet", ou se concentrer longtemps sur une conversation. Seul l'avenir nous dira si nous parviendrons à l’intégrer totalement le monde dans lequel il vit.
Il est donc clair que ces récits, bien que tous les faits rapportés soient bien réels, comportent une interprétation que je fais en fonction de son comportement. Mais pour bien le connaître depuis plus de cinq ans, je pense ne pas me tromper.
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Mes goûts et mes loisirs étant particuliers, voici une liste amusante de mes activités préférées de ces vacances (dans l’ordre des nouveautés) :
- Depuis que j’ai découvert le son du verre qui casse, j’adore l’imiter et surtout l’écouter, mais comme on peut pas en briser juste pour le plaisir, les occasions manquent. Imaginez alors ma réaction lorsque, dans les Landes girondaises, papa m’a proposé de venir jeter avec lui des bouteilles dans les bulles de collecte de verres. Depuis ce jour, mon plus grand plaisir est d’aller les jeter dans les containers et de préférence réussir à les casser. - Papa ? On peut aller jeter le verre dans les bulles ? - Pas aujourd’hui, Lou. On l’a déjà fait hier et on en a plus. - C’est quand qu’on pourra y aller ? - Dès qu’on aura vidé les bouteilles et les pots. - C’est quand quand qu’on aura vidé les bouteilles et les pots ?
Avec deux semaines de retard, mon cadeau d’anniversaire est enfin arrivé vendredi à la maison.
Je savais ce que c’était car mes parents ont du m’accommoder à pas mal de changement dans la maison : il a fallu faire de la place, réduire une cheminée, déplacer les meubles et même vider tout le rez-de-chaussée (le temps des travaux pendant que nous étions en vacances). Et puis, il y a quelques mois, nous avions été le choisir dans un magasin où, comme par hasard, j’ai jeté mon dévolu sur celui qui avait la meilleure sonorité.
Après le synthétiseur de mes six ans, j’ai donc reçu un piano. Une évidence. N’imaginez pas que ce fut une effusion de joie (la valeur de choses a peu de sens pour moi) , je suis juste content, très content et y joue très souvent, délaissant mon synthé.
Flashback. Sur la plage. Je suis dans le trou que papa a creusé dans le sable et éructe joyeusement avec un accent beur façon très Jordi : - Ouais, ouais, je suis pas automatique, pas sympathique ! Au secours, à l’aide, je suis Papa Bèrlebus et je me fais exploiter par le monstre ! A l’aide ! Le père (pour la énième fois), à quelques mètres du trou : - Loulou, ça ne veut rien dire « Je ne suis pas automatique », on parle d’autom… Toujours la même litanie. Si je ne l’interromps pas, il va me refaire toute son explication. - Au secours ! Allô, police ! Venez m’aider ! Le père : - Allô, ici la police. Qui est à l’appareil ? Avec le même accent gouailleur : - C’est moi, papa Bèrlebus. Je suis exploité par le monstre ! Venez me chercher ! - J’arrive.
Comment résumer deux mois d’été, tout en contraste. Guerres et paix, rires et larmes…
Comme lors de chaque vacances, mes vieux ont décidé de s’attaquer à un objectif précis, en l’occurrence cette fois : m’aider à arrêter mes tocs, qui sont devenus de plus en plus envahissants et qui viennent se rajouter à mes gestes de réassurance quasi permanents, exceptés les moments où je joue de la musique –et pour cause, mes mains sont alors occupées par le clavier -. Ainsi, ce combat, le plus souvent amical mais parfois conflictuel, rythma nos vacances, tout comme une météo très capricieuse, entre soleil et pluie. Il faut dire que depuis quelques mois et à la moindre occasion, ces petits gestes qui, selon leurs dires, sont « sales », se sont multipliés de manière exponentielle. Je mets ainsi régulièrement mes pieds chaussés en bouche, ou je pose mon visage contre le sol comme un sioux écoutant les rails vibrer à l’approche du cheval de fer, voire parfois j’embrasse la terre comme ferait le pape à chacune de ses descentes d’avion. Je frotte aussi ma bouche contre toutes les poignées de portes que je franchis ou j’embrasse la lunette des toilettes après y avoir fait mes besoins ; sans parler de mes tee-shirts que je mets en bouche et tous ces petits rituels qu’il me faut absolument accomplir et qui s’éternisent de plus en plus, comme par exemple avant de venir à table pour le repas…
Papa débordé – Stop - Par son travail* – Stop – La course avant les vacances – Stop – Suis impatient de partir – Stop – Sans lui, impossible de vous donner de plus amples nouvelles – Stop – Désolé – Stop - A bientôt – Stop.
Ben oui, il fallait que cela arrive un jour. Mes vieux ont beau m’expliquer qu’un verre c’est fragile et dangereux si ça casse, je passe mon temps à jouer avec le mien, que ce soit à table dès qu’il est vide ou lorsque je vais le remplir à l’évier. C’est d’ailleurs là que cela s’est passé. Après avoir bu, je l’ai déposé un peu trop violemment dans l’évier et « chpok… chlik-chlik-chlik-chlik… ».
Je vous laisse imaginer mon plaisir. C’était encore mieux que dans la chanson de Beirut « Nantes » que j’aime interpréter sur mon synthétiseur (cfr. »617. Hits en stock »). Il n’y a pas à dire, c’est un très beau son.
Je vous avais déjà parlé de l’influence musicale de “Kotch”, le chauffeur turc de mon bus scolaire qui écoute tout le temps de la musique arabe. Comme il sait que j’apprécie, il a même été jusqu’à me prêter l’une ou l’autre cassette pour que je puisse les écouter à mon aise. Moralité, la maison résonne de temps à autres de ces sonorités particulières que, bien entendu, je me plais à reproduire sur mon clavier. Et puis, c’est si gai de faire semblant de parler arabe.
Lorsque je me suis progressivement réveillé à l'hôpital, le lendemain de ma crise du "chef d'orchestre fou", papa a mis de la musique sur son ordinateur portable. Mon titre préféré du moment : Hooverphonic, "50 Watt". Mais j'avais pas trop la tête à écouter de la musique et somnolais beaucoup.
Vers dix heures, j'étais cette fois mieux réveillé. Suffisamment que pour en déduire que si Papa avait pris son ordinateur avec lui, il y avait sûrement les bandes sons de ses "Youh" et il pourrait ainsi me les faire écouter. Ma demande fut accordée et comme j'étais malade, j'ai pu les réécouter presque en boucle. Tonique, comme réveil !
J'ai ainsi eu l'occasion de faire découvrir les "Youh" de papa à toutes les infirmières et tous les médecins qui venaient nous rendre visite. - Dis, écoute ! Tu t'appelles comment ? je vais te faire écouter les "Youh" de papa ! Elles appréciaient à chaque fois beaucoup, pendant que papa, maman ou moi, expliquions le contexte : la luge d'été des "2 Alpes", les montagnes russes de Plopsaland, la luge et le ski à Avoriaz etc.
L'électroencéphalogramme, lui, ne put hélas se faire en écoutant les hurlements de papa. Les dix minutes se sont alors écoulées au son du film que papa a fait sur ma rencontre musicale avec Marc Vella . Les médecins étaient impressionnés.
Ce soir, je ne suis plus malade. Je râle parce que maman ne veut pas remettre le disque des "Youh". On en revient aux habitudes de le l'écouter qu'une fois par jour.
Je n'ai pas le temps ni l'envie de prendre des fioritures littéraires. Lou a fait une première crise d’épilepsie hier soir. Après 24h en observations et une lente remontée parmi nous, il va bien et est rentré ce soir à la maison. Nous connaissions ce risque, annoncé comme très faible pour lui dans le cadre de son syndrome. Des examens sont prévus la semaine prochaine. Bien à tous. Luc
PS: étant totalement débordé, je ne pourrai répondre aux courriels. Veuillez m'en excuser.
Jeudi. Papa vient me chercher à l'école en début d'après-midi. Je sais* que nous allons rencontrer un certain Marc qui se ballade partout dans le monde avec un piano qui fait des drôles de sons. A peine arrivé à la maison, nous repartons vers la place en bas de la rue, direction la "Maison haute".
Sur place, des gens nous attendent. Une certaine effervescence règne. Papa m'explique que des personnes sont occupées à sortir le piano de l'autocar pour le mettre dans une grande salle. Marc Vella vient à ma rencontre. Le courant passe bien, comme d'hab. - je ne suis pas du genre à avoir un à priori vis-à-vis de quiconque -. Le temps que tout soit installé, nous papotons.
- Tu peux venir, Lou. Le piano est prêt. Je prends possession de l'instrument. Marc s'assied à côté de moi. Je pianote, cool… Petit à petit, il entre dans "le bal", rajoutant quelques notes aux mélodies que je joue, puis il se met à trafiquer les sons.
Avec moi, tout prend un ton particulier… y compris les "leçons" de piano que je reçois depuis six mois.
Un jeudi de novembre, Michel a débarqué à la maison, puis un autre dimanche, ce fut le tour de Mireille d'entrer dans ma vie, et ainsi de suite, en alternance, à raison de deux fois par mois environ. Mireille joue du répertoire classique et m'apprend à jouer des musiques académiques qui, je l'ai bien compris, me font travailler mes gammes. De son côté, Michel me fait découvrir des morceaux de variété choisis, qui m'obligent à écarter les doigts, enchaîner certains accords, etc. Chacun son style et au rythme de mon bon vouloir, car comme pour le reste et sans doute plus encore derrière mon synthétiseur, j'entends mener le bal à ma guise. Avec moi, on ne parle pas de "leçon", mais de "conseils pour encore mieux jouer". Parfois, je les écoute, parfois pas. De leur côté, mes vieux me font découvrir des morceaux choisis et conseillés par l'un ou par l'autre : Wim Mertens, "Lettre à France" de Polnareff, Yan Thiersen et sa musique de "Amélie Poulain", des musiques classiques,… . Parfois j'accroche, parfois pas.
Cela ne vous arrive jamais, d'avoir une musique en tête ?
L'autre soir, papa vient me border dans mon lit. Le temps des rituels. Papa "emballe cette pauvre petite chienne Méga qui a mal à la patte (alias moi), dans sa bonne petite couette toute douce" (j'en profite à chaque fois pour imiter l'animal qui gémit). Suivent les câlins, les mots doux et les bisous au nombre de trois, bien entendu.
- Allez, bonsoir mon Loulou. - Attends, papa, je veux te dire quelque chose : j'entends en même temps la musique de Lenny Kravitz et de Hooverphonic dans mes oreilles. - … En même temps ? - Oui ! - Ça arrive qu'on ait une musique que l'on fredonne dans sa tête. - Oui, mais j'aime pas la chanson de Lenny Kravitz et j'ai envie d'entendre rien que celle d'Hooverphonic. - Et bien pense très fort à la chanson de Hooverphonic que tu joues à ton piano, comme cela, tu ne penseras plus à l'autre.
N.D.L.A. : Lou est régulièrement capable de déceler lorsque deux mélodies s'accordent et donc peuvent se superposer. Il identifie immédiatement les plagias ou tout le moins les musiques "pompées" sur d'autres… mais la chose devient étonnante lorsqu'il s'agit de deux mélodies bien distinctes, aux rythmiques différentes, et qu'il parvient à associer. Je n'ai pas encore vérifié si tel était le cas de ces deux chansons… mais je ne serais guère étonné que ce soit le cas.
624. Mes petits bonheurs de la vie : la criée de Youh !
Vendredi, fin d'après-midi, papa me propose d'aller écouter la crieuse publique du quartier. Je ne suis pas emballé. - Tu vas voir, Chounet, ça va être amusant. La crieuse, c'est Anne-Noelle que tu connais bien. Elle va lire tous des messages que des gens du quartier adressent aux autres. Si tu veux, tu peux aussi lui demander de lire un message que tu ferais. Je "tilte" instantanément : - Je pourrais lui demander que tu fasses "youh" comme dans les montagnes russes ? - Ben oui, pourquoi pas ! Me voilà soudain excité.
Arrivé au coin de la rue où tout le monde se réunit, nous allons trouver Anne-Noelle et lui faisons part du message à annoncer. Je remets une couche supplémentaire à la demande : - Oui, et alors, Papa fera d'abord "Youuuuh" comme au ski et puis "Patriiiick"* comme un malade ! Après négociation, nous convenons qu'une première annonce sera faite en début de lecture, pour que papa fasse "youh" et une à la fin, pour qu'il hurle cette fois "Patrick".
Début mars : - Dis, c'est quand le printemps ? - Pourquoi, Lou ? - Pour entendre les tondeuses et retourner à Walibi dans les montagnes russes ! - Il faudra encore un petit peu attendre, Chounet. - Quand ? - Début avril. On devrait alors entendre les tondeuses et Walibi devrait être ouvert. - C'est quand avril ? - Dans 28 jours. - On est dans 28 jours… Dans 28 jours, c'est demain ! - Ne dis pas de bêtises, Lou. - Jamais, alors. Jamais… - Tout va bien, Lou. Cool. On y sera vite.