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Un jeudi. 16h40. Le temps de réagir lorsque le minibus de l’école klaxonne devant la maison, je rejoins et ouvre la porte de rue. Celle du bus en face de moi l’est aussi, de sorte que j’entends de suite que tu es en pleurs. - Qu’est ce qui se passe, mon Chounet ? Confus et énervés, comme à chaque fois que les émotions débordent : - Mais le bus, il ne va pas venir. - Mais le bus est là, Chounet. Tout va bien. Pourquoi pleures-tu ? - Parce que il y a Céline qui les parents n’étaient pas là. - Je comprends pas, Loulou. Explique-moi calmement ce qu’il y a avec Céline. - Mais oui, mais les parents de Céline n’étaient pas à leur maison et Céline pleure. - Toi aussi et j’aimerais savoir pourquoi. - Mais oui, mais ils sont où ? Tu refonds en larme et te laisses tomber dans mes bras, en contrebas de la fourgonnette. Je demande au chauffeur de me confirmer les informations. - Et c’est pour ça que tu pleures ? - Céline pleure, crie. - Tout va bien Lou, ce n’est pas parce que Céline est inquiète que tu dois être toi aussi inquiet. - Mais oui, mais ils sont où ses parents ? - En retard. Ils sont peut-être retenus dans un embouteillage, mais ce n’est pas un problème. Le chauffeur terminera sa tournée en repassant chez elle et ses parents seront alors rentrés. La porte du bus se referme. Le véhicule s’éloigne pendant que je te fais descendre de mes bras. - Tout va bien, mon Chounet. Ce n’est pas parce que quelqu’un est triste ou a peur, que cela va aussi t’arriver. Comme à l’habitude en pareille situation, s’en suivent de longues explications et argumentations dans le fauteuil du salon, pour tenter de chasser durablement ton émotivité, si réactive à celle des autres. “Ce n’est pas ton problème”... “Bien sûr, ce n’est pas agréable de savoir que quelqu’un près de toi a un problème ou est malheureux” ... “Céline est une petite fille. Elle n’est pas encore capable de comprendre que l’absence de ses parents n’est pas grave, mais toi, tu es capable de réfléchir à la situation. Si cela devait t’arriver, tu sais qu’on t’aime et qu’on ne t’abandonnera jamais”... “Mais cela ne peut pas t’arriver, car quand tu es à l’école, maman, elle, travaille à la maison. Elle ne peut donc pas être en retard puisqu’elle y est déjà et t’y attend”... . Changeant de sujet : - Mais oui, mais j’ai aussi perdu mon bonnet à l’école et j’ai fait une crise. - Et tu l’as retrouvé ? - Oui. - Juste après l’avoir perdu ? - Non, après la récré. - Tu vois, c’est comme pour Céline. En décidant d’être triste pour ton bonnet et en ne te contrôlant pas, en ne réfléchissant pas, tu es malheureux. Mais si tu décides que ce n’est pas grave car on va bien finir par le retrouver, tu ne seras pas malheureux. Il faut penser à être... Tu m’interrompts à ce moment : - PO-SI-TIF, mon Chouchounet ! - ...Exactement, et alors tu ne seras pas malheureux. - Mais oui, mais j’avais peur de perdre mon bonnet et j’avais peur de l’alarme. - Dis, mon fils, tu n’en remets pas une couche, là ? - Kwaaaa ? - Ca veut dire que je pense que tu inventes l’histoire de l’alarme. - Papa ? Fais Monsieur René qui vole le poisson de David. - On peut d’abord terminer de causer tous les deux ? Imitant le petit David, éploré : - Ouin..., Monsieur René veut voler mon poisson... - Loulou... Dès que j’aurai fini, je serai d’accord pour jouer à tout ce que tu veux. On pourra même se battre dans le fauteuil, mais je voudrais juste te dire encore deux trois choses pour t’aider. O.K. ? Tu ne réponds pas. Je sens que tu as ta dose de morale, pourtant, par expérience, je sais qu’il me faut à nouveau insister, répéter le même discours avec d’autres mots, une fois, deux fois, trois fois, faire des analogies que tu serais succeptible de comprendre, et enfin te questionner régulièrement pour être sûr que tu m’écoutes et enregistres le sens de mes propos, au-delà de la mélodie de ma voix. Je me contente cette fois d’un simple résumé. Il me faudra de toute façon recommencer un jour ou l’autre.
Le moment est venu pour toi de te battre avec moi, de m’escalader, de basculer par dessus ma tête dans le canapé, de te faire écraser, de crier, de te dépenser et de rire. Avec le temps, j’ai appris, durant ces jeux, à te canaliser pour éviter tout accident en pareil moment de “totale dépense d’énergie”. J’ai appris aussi à sentir ton tonus musculaire et ton équilibre, pour mesurer en permanence les risques de coups accidentels, de heurts avec le mur, les haut-parleurs (bien nommés), la table basse du salon, le plancher, le luminaire... D’une voix horrible et agressive : - Et je vais te pèter la gueule, David ! A l’attaque ! Jubilant : - Fais Monsieur René qui dit des gros mots !
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